Critique à 10 mains

Critique

Mathilde, Alexandra, Anne-Gaëlle, Mélanie et Coline sortent du Parvis Saint-Jean, où une représentation d’Andromaque (un amour fou) vient de se jouer. Elles commentent la pièce…

COLINE

Ç’a été une vraie surprise. Lorsqu’on pense à Andromaque, on s’attend à une pièce classique mais l’adaptation faite par la compagnie a su remettre cette œuvre originale aux goûts du jour. (Elle réfléchit) J’ai trouvé très intéressant d’intégrer à la représentation de la vidéo en direct mais aussi des passages pré-filmés qui donnaient énormément de dynamisme à ce spectacle.

ANNE-GAËLLE

(Regarde Coline)

Je suis d’accord avec toi, la pièce a été une grande surprise pour moi. The Party a réussi le pari fou de transformer cette pièce mythique en une pièce moderne. (Énumère en comptant sur ses doigts) Les costumes, les effets techniques, les jeux de son et de lumière…

COLINE

Oui ! Cette musique interloquante, avec parfois des sons électroniques ou, à l’opposé, des dissonances créées grâce à l’utilisation de différents instruments en direct…

MATHILDE

(Fait une grimace)

Tu parles de musique, j’appelle ça des sons… Assez stridents, grinçants, dérangeants. Personnellement, la pièce m’a laissée assez dubitative. On ne comprend pas tout de suite les deux univers présents pendant ce spectacle. (Elle regarde au loin) Nous avons d’un côté l’univers dramatique d’Andromaque, et, d’un autre, celui tout aussi dramatique de Claire et Sébastien, acteurs en répétition. (Elle pose sa voix et prend une respiration) Au fur et à mesure, la compréhension devient cependant plus facile : en plus d’avoir deux jeux d’acteurs, deux histoires, deux contextes, il y a aussi deux espaces scéniques.

MÉLANIE

Je trouve que, même si tous ses éléments révèlent une scénographie originale et inédite, ils peuvent nous perdre à certains moments. Le décor composé d’un bureau, d’une salle de bain et d’un salon, la tenue vestimentaire des personnages… Tous ces détails auraient pu pourtant me mettre sur la voie qu’il ne s’agirait pas d’une pièce de théâtre classique… (Rires de toutes les filles)

COLINE

(Elle acquiesce et enchaine)

C’est vrai, mais au moins l’espace était utilisé dans sa quasi globalité, ce qui est assez rare dans les représentations traditionnelles. Le décor était lui aussi très intéressant, de par sa modernité et les moyens techniques qui ont été mis à contribution.

MATHILDE

C’est vrai, il y a une vraie dualité : une scène assez grande, décorée de manière sobre, moderne et épurée, qui correspond à l’univers de Claire et Sébastien. Et au milieu (elle fait un signe de séparation avec ses mains), une autre scène en surélévation, un réel lieu d’affrontement pour les personnages d’Andromaque.

ANNE-GAËLLE

C’est aussi ce qui permet ce changement quasiment brutal de langue. En une seconde, on passe de la langue de Racine en alexandrins à une langue qui nous est familière.

MÉLANIE

C’est vrai qu’avec cette alternance alexandrins / prises de parole plus libres, Matthieu Cruciani nous fait redécouvrir cette pièce classique, bien que la mise en scène contemporaine alliée avec le texte original m’ait laissée un peu sceptique.

ALEXANDRA

C’est vrai que j’ai, moi aussi, été étonnée du format de la pièce. Les changements brutaux de lange m’ont rendue confuse, et les mélanges entre classique et contemporains ont été des surprises. Cependant, il est important, il me semble, de parler de la mise en abyme continuelle de la pièce. L’histoire d’Andromaque se reflète version XXème siècle auprès de ce metteur en scène et de ces deux actrices : à l’image de Pyrrhus, qui aime Andromaque et délaisse sa femme Hermione, le metteur en scène Sébastien trompe Claire, sa femme et actrice, avec Martha, une autre actrice. Amusant, (sourire en coin) lorsqu’on sait que le vrai metteur en scène, Matthieu Cruciani, est le mari d’Émilie Capliez, alias Hermione/Claire…

MÉLANIE

Ce qui explique le dispositif d’observation en huis-clos : on observe des vies sur un point unique… En plus de la tragédie classique qui implique un lieu unique.

MATHILDE

Tous ces éléments m’ont rendue au début un peu mal à l’aise, mais au moins ils trouvent un réel sens à la fin de la pièce…

ANNE-GAËLLE

Et peut-être même en-dehors ? (Rires) En tout cas, Andromaque (un amour fou) a été une pièce surprenante mais plaisante. On a pu voir, pendant ces 2h10 de représentation, l’immense travail fourni.

COLINE

Et si la mise en scène était surprenante, au moins nous avons assisté à un mélange d’univers auquel nous sommes rarement confrontés au théâtre.

ALEXANDRA

Moi, je pense qu’il manquait quelque chose de fondamental à cette pièce : le côté accompli, son perfectionnement. Qu’une pièce ait pour objectif de nous faire nous poser des questions, je le conçois ; cependant, je ne pense pas que les questions “pourquoi s’est-il passé ceci par rapport à la pièce ?” ou “pourquoi cela est apparu de cette façon ?” soient celles qu’un metteur en scène aimerait que le public se pose.

MÉLANIE

(Acquiesce)

Toutes les lumières s’éteignent, c’est la fin de la pièce, et pourtant un million de questions me viennent en tête. Entre la confusion des personnages, la réalisation de la musique en direct, l’utilisation de vidéos, le double jeu d’acteurs des personnages…

ALEXANDRA

Nous ne nous sommes à aucun moment posées la question du message, mais seulement celle de la compréhension globale de la pièce. Beaucoup de questions qui restent en suspens, et qui donnent au spectacle cette impression d’œuvre non-terminée, avec certaines scènes encore à l’état de brouillon, mais prise par le temps….

Les filles continuent leur chemin, en discutant de tout et de rien.

 

La Team.

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